Comme un torrent. Via DeDefensa

De Ph.Grasset.
J’ai suggéré le titre de ces Notes d’analyse du 3 mars (Notes sur un torrent diluvien) à partir du titre d’un roman et du film qui en fut tiré, Comme un torrent. Je peux même dire que cette expression, qui est restée dans ma mémoire depuis plus d’un demi-siècle, inspira la démarche du texte en question lui-même. L’expression est une traduction approximative du titre Some Came Running, qui est un roman de 1957 de James Jones, adapté au cinéma par Vincente Minnelli sous le même titre (les adaptations françaises des deux portant effectivement le titre Comme un torrent). Je vis le film après avoir lu le livre, et j’ignore bien pourquoi tout cela est resté dans ma mémoire, bien plus que d’autres œuvre, livres ou films, objectivement plus marquants, et de valeur que l’on pourrait juger sans aucun doute supérieure. C’est dire que je parle ici de mémoire mais d’une mémoire qui a symbolisé son objet, à propos de quelque chose qui est resté dans mon esprit, dans mon “âme poétique”, dans ma nostalgie, mais aussi dans ma “conscience politique” si l’on peut parler de cette façon, effectivement comme un symbole d’une très grande force dont je ne sais précisément, ni la signification pour mon compte, ni l’usage précis auquel je le destinais. C’est là un mystère de l’âme poétique et de la nostalgie, et restons-en là pour ce préambule des outils de l’esprit qui vont me permettre de développer mon propos.

Je parle donc de mémoire et n’ait pas été chercher trop loin ce qu’elle avait de juste, et ce qu’elle avait interprété à son avantage, cette mémoire. Toujours est-il que, lorsque je songeai à cette chronique, j’ai été prendre l’une ou l’autre des références déjà indiquées ci-dessus par les mots éclairés d’un URL. L’acteur principal du film est Frank Sinatra, et c’est une occurrence remarquable dans sa carrière, une coïncidence qui est peut-être significative. Après une période de terrible dépression et d’effacement de la vie publique, avec un épisode d’addiction à la drogue, Sinatra retrouva la gloire en tournant un des rôles principaux couronné d’un Oscar du film de 1953 Tant qu’il y aura des hommes (From Here to Eternity) ; Sinatra, Oscar 1954 en poche, a dans Comme un torrent l’air de sortir de Tant qu’il y aura des hommes pour poursuivre la même veine avec le même uniforme, avec, 5 ans plus tard, une adaptation d’un autre roman du même James Jones.

Dans le Wikipédia consulté, confirmée par les synopsis du film qu’on trouve dans d’autres sources, on lit ceci au début de la présentation du récit du film : « Au cours de l’été 1948, Dave Hirsch quitte l’armée tout auréolé d’un glorieux passé guerrier. Romancier en devenir, mais noceur invétéré, il déboule un beau matin en autocar à Parkman, sa ville natale de l’Indiana. » J’ai été complètement surpris par la date dans le récit (1948), autant que par les circonstances. (Comment serait-il resté dans l’armée après l’effondrement incroyable de 1945-1946, et, de toutes les façons, l’“auréole de son glorieux passé guerrier” [terminé dans ce cas en 1945] n’existe plus pour personne en 1948.) D’après mon souvenir de la lecture du livre, et c’est comme cela que j’ai interprété le film car je n’ai aucun souvenir d’aucune allusion précise aux circonstances décrites par le synopsis officiel, Dave Hirsch est en fait démobilisé après deux ou trois ans passées à se battre en Corée (1950-1953), et l’action se situerait donc, selon mon interprétation, plutôt en 1953 ; et le souvenir que j’ai du livre, et cela justifiant le titre, est l’obsession qui est dans l’esprit de Hirsch, des attaques terribles et incessantes des Nord-Coréens et surtout des Chinois à partir de l’automne 1950, lorsque la Chine intervint dans le conflit pour arrêter les armées US (officiellement sous “pavillon” l’ONU) qui avaient repris l’offensive après le débarquement de Inchon, dernière grande manœuvre militaire de grand style, réussie par MacArthur. L’offensive US/ONU fut stoppée par les masses chinoises et la guerre devint une guerre de position d’une cruauté extrême.

(Suite)

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